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Écrire le fleuve… et le désir

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C’est en apprenant à naviguer à voiles que j’ai découvert le fleuve Saint-Laurent. Happée par son immensité, sa sauvagerie et sa beauté, il m’a donné envie d’écrire, écrire autre chose que des poèmes, il me fallait du plus long, sa démesure m’invitait au récit, au roman. Car son rôle historique majeur m’apparaissait dans toute sa réalité tangible, et les énormes navires que nous croisions me rappelaient que roulaient toujours, en ses flots, les flux et reflux du commerce entre nous et le monde. À tenter de maîtriser la navigation si exigeante de ce cours d’eau je découvrais, en plus, un personnage crucial de notre histoire dont j’avais ignoré l’existence jusqu’alors : le pilote du Saint-Laurent. Il est plus difficile et dangereux de naviguer sur ce fleuve que sur la mer. Tant et si bien que depuis le début de la colonisation française, on avait eu recours à des pilotes qui montaient sur les bateaux venus de l’océan, afin de les guider à bon port. On en avait même fait une loi. Et ils sont toujours là, ces ultra spécialistes de notre chemin d’eau.

Loin de l’image du paysan, attaché à sa terre, du prêtre, du notaire du village ou encore de l’ouvrier des villes et des bourgeois nantis, se présentait donc à mon imagination un nouveau pilier de notre histoire qui avait parcouru le monde, fréquenté les étrangers à cœur de jour, un homme instruit sans être passé par le collège classique, calme et indépendant, qui avait la responsabilité de navires chargés, sous l’œil de capitaines qui n’avaient d’autres choix que de lui faire confiance dans les méandres où, à tout instant, on peut s’échouer.

moi QcfleuveJ’ai choisi 1904, pour situer mon histoire. Non pour écrire un roman historique, mais pour nous placer à une époque où cohabitent bateaux à vapeur et voiliers, dans une voie maritime que les marchands désiraient toujours plus ample et creuse. Je désirais en plus nous relier à ce Montréal qui constituait le moteur économique du pays, son cœur financier et la plaque tournante entre les trains arrivant de l’Ouest et les navires se dirigeant vers la mer. Mais encore.

La nature grandiose qui se déroule devant nous lorsqu’on descend ou remonte le Saint-Laurent répondait aussi à mes élans intimes les plus forts. J’eus envie d’écrire le désir féminin et d’aborder le difficile thème de la passion. Je ne voulais pas écrire une histoire d’amour. La question de l’individualité me préoccupait : comment, lorsqu’emportés par les torrents des émotions et du désir, un homme et une femme font pour demeurer des individus à part entière. La passion, que l’on dit destructrice, est aussi libératrice, lorsqu’elle nous révèle à nous-même, lorsqu’elle nous pousse à oser, nous rend audacieux et délicieusement fous. Aussi, comment les amoureux vivent-ils l’absence, quand la vie tient les corps séparés pour de trop longues périodes ? Cette question, placée dans mon histoire au début du XXe siècle, me semblait pertinente encore aujourd’hui alors que tellement plus libres, nous sommes pourtant à l’ère des voyages et des déplacements comme jamais.

Roman à deux voix, Vents salés donne la parole à Delphine, à son flot intérieur, à ses élans, dans une première partie. De même, dans la troisième partie Ernest, le pilote, défile son monologue et nous révèle sa perspective intime. La seconde partie navigue entre les deux, chacun dans leur vie, dans leurs gestes, dans leur réalité. Lui sur le Saint-Laurent, elle au bord du fleuve, lui en mouvement, elle dans sa quête.

Pilote au Bic nettoyée

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